Pixel par Pixel
Mélanie Paris
Date de publication :
Dans le jeu vidéo, il y a le jeu. Et dans le jeu, il y a le « JE ».
À Naveil, Mélanie Paris a grandi dans ce petit cocon de nature, loin des bornes d’arcade et des écrans
de jeu. Aucune vocation particulière, aucun plan tracé d’avance. Juste une curiosité, et une mère seule pour lui transmettre l’essentiel.

Mélanie Paris, Déléguée générale de Pixel Players
Aujourd’hui, elle est déléguée générale de Pixel Players, le cluster qui fédère plus de cent acteurs du divertissement digital en Centre-Val de Loire. Jeu vidéo, e-sport, patrimoine, innovation, elle coordonne tout ça depuis Tours, avec la conviction tranquille de quelqu’un qui n’avait pas prévu d’être là, et qui ne s’imagine plus être ailleurs.
Le chemin
Un BTS Banque qui arrive par hasard, sur une annonce. Alors qu’elle était en DEUG AES (Administration Économique et Social) à Tours, elle ne voyait plus trop où ça allait. Le BTS en alternance répondait aussi à une contrainte concrète : sa mère l’élevait seule, il fallait travailler. Elle signe et y restera dix ans. La banque lui apprend la rigueur, la structure, l’organisation. Elle aime son métier quand elle le fait, mais à un moment, le sens s’effiloche. En 2014, le Rallye des Gazelles lui offre trois semaines coupées du quotidien habituel, un vrai temps d’introspection.
Elle revient avec une certitude : il faut prendre un virage.
« Je me suis sentie stimulée et utile. »
Elle postule chez ESL, leader mondial de l’e-sport. Elle ne connaît rien au jeu vidéo et ce n’est pas ce qu’on lui demande. L’univers manquait d’organisation et de rigueur, elle en avait. Le reste s’est construit à partir de là : responsable administrative et RH pour la filiale française, puis rattachée au pôle RH du groupe à l’échelle internationale. « Je me suis sentie stimulée et utile. Il y avait aussi cette notion-là. »
C’est chez ESL qu’elle rencontre Vincent Marty qui lui fait confiance. Bien plus, dit-elle, qu’elle n’en avait pour elle-même à l’époque. Quand il cofonde Pixel Players avec Ferréol Chevalier en 2021 il lui propose d’en prendre la direction. Elle n’hésite pas. Quatre ans plus tard, elle est toujours là.
ce qu’elle a construit
À la tête de Pixel Players, Mélanie Paris se définit moins comme une dirigeante que comme un pivot. Son travail : écouter, détecter, relier. Identifier chez quelqu’un une compétence qui manque à quelqu’un d’autre, voir une complémentarité que personne n’avait anticipée, et créer la rencontre.
« Rencontrer quelqu’un en disant : toi, il faut que je te présente untel, ça va matcher. »
Le cluster, c’est ça avant d’être des chiffres. La preuve la plus concrète de cette vision, c’est Hericraft. En novembre 2025, des milliers de joueurs se connectent à un serveur Minecraft pour reconstruire, bloc par bloc, les Châteaux de la Loire. Un concours organisé par Pixel Players avec l’influenceur Aypierre, et soutenu par la Région Centre-Val de Loire, avec des châteaux partenaires. Le gagnant de la première édition s’est déplacé à Blois pour voir le château en vrai avant de le modéliser. « C’est exactement ce qu’on veut faire : que ça leur donne envie de venir voir en vrai. »
Mélanie Paris appelle ça son projet coup de cœur. Et elle n’a pas tort. Le tiers-lieu en construction aux Deux-Lions prolonge la même logique, à une autre échelle. Des espaces mutualisés pour des entrepreneurs qui n’ont pas les moyens d’accueillir un stagiaire seuls, avec du matériel partagé, des ateliers entre jeunes de quartier et des seniors en EHPAD via la Nintendo Switch. « Que ce ne soit pas de l’entre-soi, que ce ne soit pas parce que je connais telle ou telle personne que ça fonctionne mieux pour réussir. »
Un lieu où croire en soi s’apprend en pratique.
« Rien n’est joué d’avance, rien n’est perdu. »
ce qu’elle porte
Quand Mélanie Paris est arrivée chez ESL, elle était la seule femme de l’équipe. Plus haut dans l’organigramme, il y en avait encore moins. Elle avait connu la banque, un secteur plutôt mixte, et le contraste était saisissant. Des différences salariales conséquentes, des remarques sur ce qu’une femme peut ou ne peut pas faire sur un événement. Elle ne s’y est pas habituée. Ce qu’elle porte aujourd’hui sur le sujet des femmes dans le numérique, ce n’est pas une posture militante. C’est quelque chose de plus factuel, et peut-être plus efficace. « Je ne défends pas une cause. Je représente un résultat possible. »
Elle est issue d’un milieu modeste, sans r éseau, sans orientation vers les filières scientifiques ou technologiques, comme beaucoup de jeunesfilles de sa génération. Elle a quand même pris ce chemin, par un biais détourné, sans plan préétabli.
Maintenant, elle le dit à voix haute, devant des lycéennes, dans des événements, dans ses prises de parole publiques, non pas pour convaincre mais pour montrer que c’est possible. « Rien n’est joué d’avance, rien n’est perdu. »
Elle le dit aussi aux adolescents, les siens et ceux des autres. Croire en soi, ne pas avoir peur de changer d’univers, savoir que les compétences humaines et relationnelles comptent autant que les compétences techniques. Ce message-là, elle ne l’a pas appris dans un manuel : elle l’a vécu.
Mélanie Paris ne l’a pas formulé comme ça, mais c’est exactement ce qu’elle fait depuis quatre ans : prendre un univers que beaucoup réduisent à l’écran, et en faire un espace où chacun trouve sa place, développe ce qu’il est, construit quelque chose de réel.
pixel par pixel
Aux Deux-Lions, deux bâtiments de 2 500 m² dédiés au numérique doivent encore sortir de terre.
Elle y travaille. Elle dit qu’il faut y croire pour le porter jusqu’au bout. Un lieu où croire en soi ne serait plus une question de point de départ. Ce n’est pas encore construit et c’est pour ça que ça l’anime avec autant de force.













