Le collectif comme fondation
Rozenn Hamel-Herviou
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En janvier dernier, une ancienne collègue lui a appris que les pop-up stores qu’elle avait imaginés dix ans plus tôt tournaient encore. Rozenn Hamel-Herviou n’a pas fait « Ah bon ? » Elle a souri. Elle sait ce que ça veut dire.

Rozenn Hamel-Herviou, Déléguée générale – Club ETI Centre-Val de Loire
Il y a peut-être une seule façon de relier tous les fils d’une vie comme la sienne : Rozenn Hamel-Herviou pose des fondations. Partout où elle passe, dans chaque équipe, sur chaque territoire. Des fondations qui tiennent après son départ, que d’autres s’approprient sans toujours savoir qui les a posées. De Saint-Brieuc à Nantes, à Paris, à Papeete, à Tours, la géographie change, l’énergie reste la même.
« C’est là que j’ai compris ce qu’est l’aventure humaine collective. Quand vous créez quelque chose avec des personnes, il y a un élan que rien d’autre ne donne. »
L’école des fondations
Il faut remonter au début de sa carrière pour comprendre. Rozenn n’a pas appris l’entrepreneuriat dans un livre. Elle l’a vécu, enfant, dans une famille où créer une entreprise était chose normale. Ses parents avaient fondé Marie-Bernard, une chaîne de parfumeries sélectives, un vrai groupe régional.
À 20 ans, après une première année de droit, elle rejoint l’aventure familiale. Par le bas de l’échelle, pas autrement. L’ouverture des magasins, la logistique, les ressources humaines, le recrutement, les négociations avec les franchisés. Pendant six ans.
« C’est là que j’ai compris ce qu’est l’aventure humaine collective. Quand vous créez quelque chose avec des personnes, il y a un élan que rien d’autre ne donne. »
En 2000, la famille vend. Marionnaud rachète Marie-Bernard. Rozenn reste quelques mois, juste le temps de comprendre que l’aventure n’est plus la sienne. Alors quand son mari répond à une opportunité à Mayotte, elle dit oui. Deux ans dans l’Océan Indien, une expérience absente de son profil LinkedIn, mais presque une vie entière. Elle n’en avait pas prévu la fin, et c’était très bien ainsi.
Le ticket d’entrée
Le retour à Paris est brutal. Pas par manque d’expérience, ni par manque de diplômes. Le marché de l’emploi demande un ticket d’entrée que Rozenn n’a pas.
Ses huit années de terrain, ses responsabilités : on ne les croit pas. On lui propose des postes de chargée de mission. Alors elle prend le problème à l’envers : elle passe le BTS Action Commerciale en candidat libre, puis la licence. Non pas pour satisfaire quelqu’un, mais seulement pour accéder à ce qu’elle sait déjà faire.
Entre-temps, il y a son père. Une maladie brutale, diagnostiquée sans préavis. Elle quitte son poste à Paris et s’installe à Nantes avec ses enfants, son mari faisant la navette depuis la capitale. Son père est décédé six mois plus tard.
Mademoiselle Rose
Le concept store de décoration qu’elle ouvre en 2007, à Nantes, est un projet qu’elle avait commencé à imaginer avec son père, pendant sa maladie.
Une façon de prolonger quelque chose.
Nantes était connue comme une ville « laboratoire » pour les concepts nouveaux. Elle choisit la décoration de charme, dans l’air du temps nordique. Quatre ans.
Puis la crise des Subprimes, l’explosion du e-commerce, le marché qui s’affaisse. Elle vend le magasin. Et elle recommence.
À 35 ans, nouveau départ. Audencia, en double séquence avec un cursus à Polytechnique de Milan, axé sur les marques de luxe et les nouveaux modèles économiques. Elle comprend internet, la révolution de la distribution, ce qui est en train de changer et pourquoi.
Elle valide son Bac+5. En parallèle, elle s’engage dans la vie publique : six ans comme conseillère municipale et métropolitaine à Nantes. Attractivité du territoire, culture, eau et déchets. Elle apprend le temps public, ses inerties, ses codes, la façon dont les décisions y mûrissent. Ce n’est pas son monde d’origine. Elle y entre quand même.
Page Blanche
C’est après Audencia que l’entreprise Vorwerk la recrute pour créer, de toutes pièces, le canal de distribution retail de Thermomix en France.
On est en 2016, aucun magasin existant, aucune chaîne d’approvisionnement, aucun système d’information logistique ou financier. Une page blanche.
« C’est là que l’intelligence collective a pris tout son sens pour moi. Avec cette équipe, on a construit quelque chose en partant de rien. »
Ce quelque chose, ce sont les premières boutiques Vorwerk Thermomix et Kobold en France et les pop-up stores : le concept architectural, les systèmes d‘information, la logique de déploiement, tout ceci tourne encore dix ans plus tard.
Elle n’est plus là. Ce qu’elle a posé est resté.
Direction papeete
En 2019, elle et son mari sont épuisés. Ils ont quarante ans, le déploiement pilote Europe chez Thermomix, un mandat municipal, trois enfants. Ils choisissent de souffler.
Une nouvelle opportunité arrive : direction Papeete, pour deux ans. Elle choisit la Polynésie plutôt que Zurich et Thermomix, l’aventure plutôt que la continuité.
Elle pensait se reposer, elle va être sollicitée pour reconstruire tout le programme de création d’entreprise de la CCISM locale, former des primo-créateurs, puis accompagner des TPE et PME frappées par le COVID.
« Je vivais Papeete de l’intérieur, comme une résidente qui contribue à l’économie. »
Les îles, les porteurs de projets, le Pacifique avec ses propres rythmes. Trois ans.
Une autre façon de bâtir. Et une autre façon de vivre.
Et il y a son engagement pour l’association Women Forces, pour l’employabilité des conjointes de militaires français pour leur permettre une meilleure continuité professionnelle. Elle est actuellement secrétaire adjointe du mouvement et en charge du groupe de travail retraite et droits sociaux.
« Je vivais Papeete de l’intérieur, comme une résidente qui contribue à l’économie. »
Le temps long
Le retour en France, en 2023, est difficile. Un an de flottement. Le tissu économique du Centre-Val de Loire lui parle moins que les régions qu’elle a traversées auparavant.
Elle envoie son CV à deux cabinets de chasseurs de tête. L’un d’eux mène à Alexis de L’Espinay, son futur co-président au sein du Club ETI Centre-Val de Loire.
Il la contacte directement. Le poste de déléguée générale du Club ETI vient d’être créé, à mi-temps. Ce n’est pas le poste de ses rêves, mais elle dit oui avec enthousiasme.
Depuis juin 2023, elle coordonne et anime les actions du Club ETI au bénéfice des dirigeants d’ETI et des PME de croissance adhérentes de la région : soit 40% des ETI de la région, plus de 13,1 Milliards d’euros de Chiffres d’affaires et 48 900 emplois.
Elle travaille avec l’écosystème économique régional, le Conseil régional du Centre-Val de Loire, les acteurs publics, les médias. Elle porte la voix des chefs d’entreprise régionaux au niveau national avec le METI (Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire). Elle découvre le Centre-Val de Loire à sa façon, en observant.
Ce qui la surprend d’abord, puis la touche : les dirigeants industriels ici s’accordent un temps long avant de décider. Ils réunissent l’écosystème, évaluent le pouls social de leur entreprise, posent les bases avant d’agir.
« Ce n’est pas de l’immobilisme. C’est une volonté de construire des fondations solides. »
Quand on lui demande ce qu’elle dirait à un jeune de quinze ans, en pleine période d’orientation, sa réponse est directe : soyez curieux.
Faites confiance à votre instinct. N’ayez pas peur de changer de voie.
« Ce que vous ferez aujourd’hui, ce n’est pas ce que vous ferez dans cinq, dix ou quinze ans. »
Elle qui n’a jamais pu être mise dans une case, le luxe, la politique, l’entrepreneuriat, le Pacifique, les ETI industrielles, elle ne dit pas ça pour rassurer.
Elle le dit parce qu’elle en sait quelque chose.
Il y a une question qu’on ne lui a pas posée : quelle est votre prochaine construction ? On connaît déjà la réponse. Elle est en train de la faire, ici, en Centre-Val de Loire. Et dans dix ans, quand quelqu’un passera dans les couloirs, il y aura encore quelque chose de Rozenn qui sera encore debout, et qui, avec certitude, servira un collectif !
Contact :
Mail : animation@clubeti-cvl.fr
CLUB ETI Centre-Val de Loire
6 rue du Carbone – 45072 ORLEANS CEDEX 2














