Quitter Hermès pour se mettre à son compte :
Géraldine Leschelier
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Depuis un peu plus de deux ans, la Saranaise Géraldine Leschelier est devenue maroquinière indépendante, après avoir été formée dans la grande maison de luxe.
Les fins de mois ne sont pas toujours synonymes de jackpot, mais Géraldine Leschelier y trouve son compte. « Grosso modo, j’arrive à me dégager un SMIC. Mais ce que je fais est passionnant. Je ne m’ennuie jamais. » En 2022, elle est arrivée dans la métropole orléanaise avec mari et enfants. Un choix de vie courageux, dans la mesure où il lui fallut quitter la maison Hermès, qu’elle avait intégrée en 2018 pour se former au métier de maroquinière. « À l’époque, ils ouvraient un site au sud de Fontainebleau, avec l’objectif d’embaucher 300 personnes. Ils recevaient 1 000 CV environ, pour 30 reçus. » Autant dire que lorsqu’elle fut prise en CAP, Géraldine Leschellier avait tout à fait conscience de pénétrer dans le saint des saints du luxe à la française. « C’était une formation difficile, exigeante, mais c’est tellement rare de pouvoir entrer chez Hermès ! »
« J’en avais marre des réunions qui ne servaient à rien »
c’est cuir
En arrivant à Saran, Géraldine Leschelier mit donc à profit le savoir-faire qu’elle avait reçu chez son ancien employeur pour lancer sa propre activité de maroquinerie. Depuis deux ans, elle créé ainsi des produits sur-mesure (porte-clés, bracelets, sac à mains…) à base de cuir « de grande qualité » qu’elle va chercher à la Réserve des Arts, à Paris. La réparation est une autre corde à son arc : canapés, sellerie, matériel de plongée… « On m’a même demandé de refaire les accoudoirs d’une vieille Triumph ! » Dans son atelier de Saran, tout est artisanal. « Je n’ai qu’une seule machine à coudre, sinon tout est fait à la main », dit-elle.
La majeure partie de ses revenus est cependant assurée par des ateliers qu’elle organise auprès d’un public qui veut toucher du doigt les bases du travail manuel. « Je dis toujours aux gens : ‘venez chez moi, le cuir, ça se touche, ça se respire ! ’ » Enterrements de vie de jeune fille, anniversaires, team building d’entreprises… La destination des demandes pour participer à ces ateliers est variée. Par ailleurs, preuve qu’elle a gardé des liens forts avec son ancienne maison, Géraldine Leschelier retourne à l’école -en l’occurrence un collège de Gien- pour sensibiliser les élèves à l’artisanat, cela dans le cadre du programme Manufacto, mis en place et pris en charge par Hermès.
changer
En écoutant Géraldine Leschelier dérouler le fil de sa carrière, on a du mal à l’imaginer responsable marketing et communication, un job qu’elle pratiqua pourtant pendant vingt ans en France, en Angleterre ou aux Etats-Unis. Pourquoi eut-elle un jour envie de changer ? « J’en avais marre des réunions qui ne servaient à rien », raconte-t-elle simplement. Entretemps, cette entrepreneure dans l’âme s’était lancée, dans les années 2010, dans la création de casques de motos et de vélos, une activité qu’elle avait par la suite vendue. « Les Créations de Dgé, c’est la deuxième boite que je créé. Je sais que ce ne sera pas facile, j’ai plein de copines créatrices qui n’en vivent pas du tout ». Mais Géraldine Leschelier le sait et en plus, elle a le cuir solide.
Par Benjamin Vasset
sa recette
De l’envie et de la passion. « Quand on se lance, il ne faut pas regretter son choix. Moi, quand je prends une décision, je fonce ».
De la persévérance. « Il faut y croire. Quand je suis arrivée ici il y a deux ans, je ne connaissais personne. Mais j’ai été voir les réseaux d’entreprises, la BNI : j’essaye de faire tout ce qu’il faut pour que ça fonctionne. »
Oser : « Taper à la porte, se faire connaître. Après, j’ai la chance d’être dans un métier relativement rare, mais qui interpelle. »
Bosser : « Je ne compte pas mes heures ; la contrepartie, c’est que le corps en prend un coup. Maroquinière, ça reste un métier physique, mais tous les artisans sont un peu blessés quelque part, vous savez… »





