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Bousculer  le destin

Célia Venin

Date de publication :

par | 26 juillet 2026

Il y a des phrases qui traversent les générations sans s’user. « Lorsqu’une porte se ferme, une autre s’ouvre ». Célia Venin l’a entendue dans la bouche de son père. Pas comme un conseil mais comme une façon d’être au monde. Aujourd’hui, à 39 ans, elle gère la communication du groupe Chrome Nettoyage depuis son agence blésoise. Et quand on remonte le fil de son parcours, on comprend pourquoi cette phraselà, plutôt qu’une autre, a pris toute sa place dans sa propre vie.

Célia Venin gère la communication interne et externe du groupe Chrome Nettoyage, à Blois.

 

« Les adultes encadrants doivent faire attention à ce qu’ils disent aux jeunes […] »

le point de départ

À 14 ans, Célia sait ce qu’elle veut faire. Le milieu équin, les chevaux, une vie dans cet univers. Elle passe son bac agricole et l’obtient sans difficulté. Puis arrive le BTS, et les professeurs qui lui disent, sans ménagement, que les haras nationaux sont en train d’être privatisés, qu’il n’y aura pas de débouchés, qu’il faut oublier son projet. Et elle les croit, comme beaucoup de jeunes croient les adultes. « Les adultes encadrants doivent faire attention à ce qu’ils disent aux jeunes, parce que pour beaucoup d’entre eux, ce que disent les adultes, c’est la vérité. »

Quelques années plus tard, une amie d’enfance, à qui on avait tenu le même discours sur l’ostéopathie équine, et qui ne les a pas écouté, réussit très bien aujourd’hui. Célia, elle, a bifurqué.

Le pivot : du machinisme agricole à la communication

La bifurcation la mène vers le machinisme agricole. Un Certificat de Qualification Professionnel de négociateur en matériel, puis un premier poste chez Kverneland, à Saint-Jean-de-Braye. Elle arrive avec des connaissances en nutrition animale, dans un milieu très masculin, très codé. Et puis un jour, sur un salon, une responsable la remarque en train de faire des démonstrations de grosses machines agricoles. Pas le plus courant, pour une femme, à l’époque. « Ça attirait du monde », dit-elle avec un sourire dans la voix.

La responsable l’embarque vers un nouveau challenge, ce sera le poste d’assistante en communication. Elle apprend les salons, le relationnel, les imprimeurs, l’organisation événementielle. Une des étapes, dit-elle, « qui font ce que je suis aujourd’hui. »

« À part l’arrivée de ma fille, plus rien ne collait dans ma vie. »

Le détour : quand les portes résistent

Après Kverneland, d’autres postes dans la communication, d’autres secteurs industriels. Puis une tentative en indépendante, avec sa propre structure, C-Creacom. Elle est jeune, elle manque encore, dit-elle, « de maturité en termes de gestion et d’organisation. » Ce n’est pas le bon moment. Elle ne s’y appesantit pas, une porte s’est fermée, elle regarde ailleurs.

Après la naissance de sa fille, ce sera Everclean, une entreprise de nettoyage à Blois, un CDI qui évoluera, de l’accueil vers un poste de chargée d’exploitation, pour être certain qu’elle reste. Elle apprend la facturation, la prospection, la gestion des plannings. Des compétences qu’elle n’était pas venue chercher et qui s’ajoutent, silencieusement, à tout le reste.

Le déclic : une fille, une nouvelle Célia

Il y a un moment dans le parcours de Célia qui n’est pas un rebond professionnel, c’est la naissance de sa fille. Elle le dit simplement : « A part l’arrivée de ma fille, plus rien ne collait dans ma vie. » Ce qui ne collait plus, elle le laisse. Ce qui arrive, elle le prend. Elle devient, dit-elle, « beaucoup plus posée, réfléchie et patiente. » Des qualités qu’elle n’avait pas avant, du tout. Sa vie privée l’a formée autant que ses postes. Elle ne le dit pas comme une leçon, elle le dit comme un fait.

« C’est pour toi, il faut que tu y ailles, il faut que tu fonces. »

La porte Chrome : une collègue, un coup de coude

Quand M. Mas rachète Everclean et cherche quelqu’un en interne pour créer un poste communication, c’est une collègue qui tape Célia dans le coude. « C’est pour toi, il faut que tu y ailles, il faut que tu fonces. » Célia hésite. Elle ne voit pas bien comment articuler l’exploitation et la communication. Puis elle se dit qu’elle n’a rien à perdre. Elle pose sa candidature, le poste est créé pour elle.

Depuis novembre 2021, elle gère la communication interne et externe du groupe Chrome dans sa globalité : réseaux sociaux, infographie, partenariats, événements et intranet. Son titre officiel reste « assistante pour le développement client. » Elle sourit : « ça peut vouloir dire beaucoup de choses et en même temps pas grand chose. »

« Entre ce qu’on nous dit à l’école et la réalité, il y a un fossé […] »

TikTok et les métiers invisibles

Parmi les chantiers qu’elle ouvre chez Chrome, il y en a un qui surprend : la création d’un compte TikTok ! Une entreprise de nettoyage industriel, sur le réseau des vidéos courtes, avec ses codes jeunes et ses algorithmes exigeants. « Au début, j’ai pas mal galéré, faut dire ce qui est. » Elle tâtonne, se forme, fait appel à une agence spécialisée. L’objectif affiché : le recrutement. L’objectif réel, celui qui la motive : remettre en lumière les agents.

Ces hommes et ces femmes qui travaillent avant l’aube ou après la fermeture, que personne ne voit, que peu de personnes remercient. Elle parle de Chantal, agente d’entretien, première à être mise en lumière sur le compte. « Elle est vraiment excellente, j’ai pas d’autres mots. Un franc-parler, un tempérament, et un cœur immense. » Les commentaires ont afflué. En trois mois, le compte est passé de 500 à presque 2000 abonnés. Mais ce qui compte pour Célia, ce ne sont pas les chiffres. « Ces métiers-là sont complètement invisibles et mal valorisés. Et encore aujourd’hui, il y a beaucoup de manque de respect vis-à-vis de ces personnes. Moi, ça, ça ne passe pas. »

Le boulet devenu force

Pendant longtemps, Célia a regardé son parcours avec une certaine gêne. Trop éclectique, trop dispersé, pas de diplôme pur en communication. Elle a entendu les remarques. « Ton parcours est incohérent. » « Tes diplômes ne te servent à rien. » Et il y a environ un an, un bilan de compétences change quelque chose. Elle voit, posé sur le papier, l’étendue de ce qu’elle sait faire : communication, relation client, facturation, prospection, exploitation, recrutement, infographie, réseaux sociaux.
« Ce parcours éclectique que j’avais toujours un peu considéré comme un boulet aux pieds était finalement une force. » Elle ne le dit pas avec fierté démonstrative, elle le dit comme quelqu’un qui vient de comprendre quelque chose qu’elle aurait dû savoir depuis longtemps.

Ce qu’elle dirait à un jeune de 15 ans

Sa fille a 10 ans. Elle lui a dit récemment qu’elle savait déjà ce qu’elle voulait faire plus tard. Célia lui a répondu : « Tu auras le temps de changer d’avis au moins 10 ou 20 fois. » Pas pour la décourager, pour lui éviter ce qu’elle a vécu : croire trop vite que le chemin est tracé, ou au contraire qu’il est fermé.A un jeune de 15 ans, elle donnerait un seul conseil : aller voir ! Faire des stages, des jobs d’été, et explorer différents terrains professionnels. « Entre ce qu’on nous dit à l’école et la réalité, il y a un fossé. Il faut entendre, il faut écouter certaines choses, mais il ne faut pas trop se laisser influencer. »

Faut entendre et pas tout écouter, résume-t-elle.
Ce n’est pas de la méfiance. C’est de la curiosité armée.

S’ouvrir au monde

Le diplôme, dit-elle, c’est une clé qui peut ouvrir une porte. Mais on n’a pas besoin d’attendre d’avoir la clé pour que les portes s’ouvrent. Célia Venin en est la démonstration vivante. Elle a des projets devant elle, une casquette qu’elle n’a pas encore portée et qu’elle veut apprendre, le management d’équipe. Une prochaine porte, quelque part. Elle ne sait pas encore laquelle. Mais elle reconnaît désormais à quoi elles ressemblent.

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