Mutations
La possibilité d’une ville

Date de publication :

6 février 2026

Émergence entreprise : média engagé au service des acteurs et actrices du territoire

Le projet de transformation d’une ancienne manufacture de tabac, dans la métropole orléanaise, témoigne de la volonté actuelle de revoir le développement des zones urbaines, et notamment des quartiers dits d’affaires.

D’un continent à l’autre, deux conceptions de la ville du futur, deux exemples de développement trop opposés pour ne pas être caricaturaux. En Arabie Saoudite, Neom, une ville nouvelle construite dans le désert sur une ligne droite de 3 km ; un investissement de plusieurs centaines de milliards d’euros et des dizaines de milliers d’ouvriers étrangers travaillant dans des conditions abominables. Face à ce projet pharaonique qu’Icare aurait pu rêver, la vieille Europe se montre, parfois, un peu plus raisonnable dans sa manière d’envisager l’avenir proche. Un avenir qui porte la marque d’un réchauffement climatique que chaque été vient désormais durement rappeler. Dans ce contexte, que faire de nos villes, à la fois réceptacle et émetteur de chaleurs, pour les adapter au grand enjeu du siècle ?

mixité

À Fleury-les-Aubrais, dans le nord d’Orléans, un projet d’envergure est en passe de voir le jour en tentant d’apporter une réponse aux défis climatiques et du vivre-ensemble. Il s’agit d’un beau dessein, pas seulement sur le papier, qui prend le risque de penser « temps long ». Ce projet en question, c’est celui de la réhabilitation d’anciens bâtiments industriels qui servaient de manufacture de tabac au profit de la SEITA. Construits après-guerre, les SHEDS, comme on les appelle, ont été abandonnés en 2018, puis rachetés par la SEMDO, société d’aménagement et de construction de la Métropole d’Orléans. Laquelle a vendu ces bâtiments à une entreprise bordelaise, Aken Ecosystèmes, dont la raison d’être est « de développer et d’exploiter des infrastructures immobilières dédiées à l’apprentissage ».
Jusque-là, rien de neuf ? Pas tout à fait. Les bâtiments SHEDS s’inscrivent au sein du quartier Interives, une vaste zone de 110 ha que la puissance publique avait d’abord conçu comme un « quartier d’affaires ». Certes, la CCI 45, Orange -et prochainement Humanis Malakoff- y ont ou vont y élire domicile, mais l’aménagement de ce quartier prend aujourd’hui une tournure un peu différente,conséquence de la crise du Covid et d’une absence de liaison avec la gare de Fleury- les-Aubrais, en lien direct avec Paris. « On avait imaginé que de grands sièges sociaux allaient venir s’implanter ; on se dirige plutôt vers un quartier vivant avec une mixité d’usages, qui ne s’éteindra pas à 18h », explique la maire de Fleury-les- Aubrais, Carole Canette.

formations

Avec Serge Grouard, maire d’Orléans et président d’Orléans Métropole, la première magistrate fleuryssoise a ainsi validé en 2024 l’implantation d’une nouvelle Salle de Musiques Actuelles. La réhabilitation des SHEDS, dans les tuyaux depuis trois ans, va pousser plus loin cette volonté de développer une zone urbaine décloisonnée, qui s’inspire de l’histoire pour se tourner vers l’avenir.
Sur plus de 10 000 m2 de surfaces de plancher, quatre nouvelles entités vont prendre racine : un espace de « coworking et de colearning », une manufacture urbaine ou « Fab Lab », un tiers-lieu comprenant deux amphithéâtres, une offre de restauration et de bar et des espaces ouverts aux associations et, enfin, un navire-amiral de plus de 4 000 m2 qu’occupera une école privée, YNOV, spécialisée dans la formation des métiers du numérique. Animation, architecture, audiovisuel, cybersécurité, informatique, IA et Data, marketing et communication digitale, tech et business… Voici quelques-unes des « filières d’excellence » -du bachelor au master- que cette école a déjà lancée dans 13 autres métropoles de France. À terme, 1 500 étudiants devraient ainsi vivre et travailler au sein des anciens bâtiments SHEDS de Fleury-les-Aubrais.

forêt en ville

Mais ce qui fait l’originalité et l’innovation de ce projet, c’est le « vide », stricto sensu, qui va être créé à l’intérieur de ce qui est aujourd’hui une friche urbaine pour ainsi laisser pousser une « Forêt » dont les résultats ne seront, si tout se passe bien, véritablement visibles que dans une vingtaine d’années. Le long des fondations des SHEDS vont ainsi courir et grimper des arbres et des plantes issus d’essences locales, des chênes, des tilleuls… « Les crises sociales et environnementales nous offrent une magnifique opportunité de nous réinventer, résume Jérémy Nadau, l’architecte en charge du projet. On ne peut plus vivre, comme auparavant, dans des villes minérales. On crée ainsi, au centre du bâtiment réhabilité, 3 000 m2 d’espaces vivants, avec une vraie forêt de 200 arbres qui sera autonome en besoins hydrologiques et permettra l’évapotranspiration naturelle, le rafraîchissement et l’amélioration de la qualité de l’air, en s’affirmant comme un véritable îlot de fraîcheur. Ce cœur d’îlot, justement, sera ouvert au public. Ce sera un espace de promotion des valeurs écologiques et sociales. » En mêlant donc, en son sein et tout autour, de la formation, de l’innovation économique, de la culture et du lien social. Bref, un combo gagnant utile au territoire au sens large.

chronologie

Démarrage des travaux : 2026
Premières livraisons : 2027
Livraison finale du bâtiment : 2028

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