PÉNIN, de l’arbre
puise ses racines
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À Villemurlin, village solognot de 550 habitants, l’entreprise Pénin perpétue la tradition du travail du bois depuis quatre générations. Un savoir-faire en voie de disparition. Présentations.
Lorsque vous tapez dans votre GPS « Pénin, Villemurlin, rue de Mitouflin », ce drôle de nom vous plonge d’emblée dans des temps lointains, confortés à la vue de ces jolies maisons de briques aux mille nuances orangées qui bordent le début de la voie étroite.
Nul doute : le charme des villages de Sologne prend ici toute sa dimension. Mitoufle signifie « grosse chaussette d’étoffe, de laine », et il en fallait aux villageois pour supporter ces terres humides qui s’amusent avec l’atmosphère pour faire apparaître, sans crier gare, des brouillards fantomatiques.
Rustique et naturel
Un peu plus loin sur la gauche, avant d’apercevoir le bureau d’accueil de la scierie Pénin, le visiteur est frappé par les montagnes de grumes qui semblent souhaiter la bienvenue et promettre un réconfort à venir. Le bureau de Sandrine, assistante, et de son patron, Rémy Pénin, ne démentit pas l’impression : les murs, rampants et placards, tout de bois vêtus et patinés selon des formules maison, ravissent par leur esthétisme. La force du chêne semble accompagner le duo, et plus encore la philosophie de l’entreprise.
L’arbre est l’emblème de la famille Pénin depuis qu’Alfonse, l’arrière-grand-père, a crée sa charronnerie dans le centrebourg, près de l’église, dans les années 1890.
Rémy Pénin, quatrième génération, 61 ans -il demande son âge à Sandrine…- est un homme affable et passionné, pétri de bons sens, travailleur acharné et amoureux du bel ouvrage. Au même titre que son papa, Jean, 92 ans, et que son grand-père, Victorien. Rémy a commencé à travailler avec son père à l’âge de 16 ans, avant de s’envoler à 28 ans au Chili dans une exploitation forestière pour monter une raboterie et fabriquer du lambris et des parquets.
Douze ans plus tard, il est revenu à Villemurlin et, depuis, il n’a plus lâché la bride de la saga Pénin, en développant dans un premier temps la fabrication de ponts et de passerelles puis la réhabilitation de bâtiments anciens. « Nous fabriquons des charpentes traditionnelles tenon-mortaise, des portes, des placards et des revêtements que nous patinons pour leur donner cet aspect vieilli, détaille-t-il. Toutes nos patines sont naturelles, nous avons complètement abandonné les lasures et diluants au profit du vinaigre et de la chaux. Il a fallu du temps pour mettre au point ces préparations très complexes, avec des proportions au gramme près. » De fait, tout le bois qui nous entoure est bluffant de rusticité, offrant une déco chaleureuse et naturelle.
Surprises
Pour autant, l’entreprise a investi dans une machine high-tech, qui permet l’usinage de pièces complexes. Là où un ouvrier y passerait la journée -à supposer de trouver la compétence-, il est désormais possible de fabriquer en dix minutes une tête de poteau d’époque ou toute autre pièce atypique.
Dans ce secteur aussi, le manque de main-d’oeuvre qualifiée est criant. D’ailleurs, trois retraités continuent de prêter main forte à temps choisi aux six salariés. En cause, l’absence de formation. « Autrefois, à Gien, il existait une école avec un atelier de menuiserie extraordinaire, parfaitement équipé, qui permettait de créer des ouvrages tels qu’on les réalisait ensuite dans la vie active », regrette le dirigeant.
Aujourd’hui, il n’y a plus que des formations de menuisiers poseurs, qui ne fabriquent rien. Les ébénistes aussi ont quasiment disparu.
Lucide, Rémy Pénin sait que le temps de ces anciens métiers est révolu, au profit du tout industriel, du contreplaqué et du mélaminé, dans lesquels on taille comme dans une motte de beurre, sans mauvaises surprises. « Quand vous travaillez un bois, quand vous l’ouvrez, ce n’est jamais ce à quoi vous vous attendiez… », sourit le patron.

Le fait est que les jeunes menuisiers formés aujourd’hui sont projetés immédiatement sur des machines à commande numérique, sans qu’ils aient compris le travail du bois. À la sortie : des produits parfaits, certes, mais sans l’âme du travail manuel.
Si le boss a à coeur de préserver des méthodes de travail à l’ancienne, sans pour autant se priver de modernité, il utilise avant tout ses connaissances fondamentales. Nul besoin de matériel sophistiqué pour reconnaître la qualité d’une essence, au contraire des kyrielles d’experts qui se sont succédé dans la région pour tester les nombreux chênes achetés ou offerts pour la reconstruction de Notre-Dame-de-Paris.
Un chantier par ailleurs décliné par Rémy Pénin, en raison des lourdeurs administratives et des méthodes trop éloignées de l’instinct des professionnels. D’autant que la charpente de la cathédrale est en réalité simple et qu’elle avait été complètement modélisée il y a quelques années, facilitant grandement sa reconstruction.
Sur son arbre perché
Et la relève, dans tout ça ?
Peut-être avec Clément, 19 ans, qui travaille chez son père tout en commençant le cursus des Compagnons du Devoir à Orléans.
Mais alors, si le fils ne reprend pas l’affaire, quid de l’entreprise Pénin ? La réponse est tranchante : « Celui qui reprendra un truc comme ça n’est pas né et sa mère est morte », répond Rémy Pénin.
Nous sommes vraiment dans l’artisanat et faisons les choses comme elles doivent être faites. La difficulté, c’est de trouver des ouvriers compétents. Le patron note néanmoins que certains concurrents, avec l’aide de financiers, se suréquipent en machines numériques et « flinguent le marché ». En pratiquant des tarifs trop bas, ils sont vite incapables de rembourser de tels investissements avec pour conséquence le dépôt de bilan. Et en attendant, les petites entreprises artisanales subissent la vague de devis mal chiffrés.
Pour l’heure, tout va bien. Pénin n’a jamais connu de crises. Il existe encore des propriétaires, en particulier en Sologne, attachés au patrimoine et à l’authenticité, qui sollicitent l’entreprise pour restaurer leurs biens dans les règles de l’art, avec la même exigence que la famille Pénin depuis maintenant quatre générations.
Par Laurence Boléat
1890
Alphonse Pénin crée une activité de charronnage et se lance dans la fabrication de bondes d’étangs.
1976
Rémy Pénin rejoint son père.
1920
Victorien Pénin, 18 ans, monte la scierie éponyme. Il fait couler des pièces en fonte pour fabriquer sa scie et se rend à Paris à vélo pour la concevoir avec le fondeur ! Il initie l’activité charpente et débute la menuiserie.
2006
Crée, installe et rénove des charpentes traditionnelles dans toute la France et exporte au Canada.
1950
Jean Pénin reprend l’entreprise et développe l’activité charpente.
2018
Livraison d’un ouvrage horsnormes, une passerelle à ossature métallique de 28 m de long et de 32 tonnes pour l’aménagement d’un écoquartier, à Chécy.
1975
Début des passerelles, fourniture des planchers pour les avionscargos de la Lufthansa. Pénin approvisionne les marchés volants parisiens en tables, tréteaux et structures.
2023
Clément, 18 ans, entre en apprentissage dans l’entreprise familiale.
Contact

PÉNIN SARL
29, rue de Mitouflin
45 600 Villemurlin
02 38 36 25 11





