RELIER
Mélanie Verdier
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Quand la vie décide de votre parcours, et que vous décidez de votre vie. Mélanie Verdier a été professeure d’Histoire – Géographie pendant quatorze ans. Puis formatrice en alimentation santé, animatrice scientifique et responsable de la communication d’un domaine agricole. Aujourd’hui, elle conçoit des expériences territoriales pour le tout nouveau lieu de C’Chartres Tourisme, au pied de la cathédrale : La Maison du Tourisme.

Mélanie Verdier, Responsable des expériences territorriales à C’Chartres Tourisme
Dit comme ça, on pourrait croire à un parcours dispersé. C’est tout le contraire. Derrière chaque virage, il y a le même fil, tendu à se rompre parfois : transmettre ce qui nourrit, le corps, l’esprit, et le lien au territoire. Et derrière ce fil, il y a une vie qui n’a pas attendu qu’on soit prête pour tout bousculer.
« Je ne me suis jamais sentie vraiment bien dans l’Éducation nationale », pose Mélanie Verdier, sans détour. Pas de colère dans la voix, un constat, mûri sur des années. « C’est un métier que j’avais choisi sans le choisir. »
À la sortie des études, ses parents choisissent d’une certaine manière pour elle : tu es intellectuelle, tu aimes les enfants, et l’emploi est sûr.
« C’est un métier que j’avais
choisi sans le choisir. »
Logiquement, elle entre dans l’enseignement. Ce qu’elle y cherche pourtant n’a rien de logique : l’esprit critique, la capacité à questionner et à se construire. Elle choisit l’Histoire-Géographie non par passion pour la matière, mais parce qu’un professeur passionnant lui avait montré ce que transmettre veut dire.
Pour autant, le malaise s’installe lentement. Trop d’élèves qui demandent « Madame, à quoi ça sert ? » sans qu’elle trouve de réponse satisfaisante. Trop d’enfants qu’on fait passer de la sixième à la troisième avec des résultats catastrophiques.
Et en parallèle, un corps qui parle : fatigue chronique, perte de sens, ce qu’elle nomme simplement « de la dépression ». C’est par là que commence le virage, non pas par une décision professionnelle, mais par une question personnelle : qu’est-ce qui me nourrit vraiment ?
La réponse vient du ventre. Littéralement. En cherchant à comprendre sa propre fatigue, Mélanie découvre le lien entre les intestins, le coeur et le cerveau, ce que la science appelle le nerf vague. Elle se forme, change sa manière de se nourrir, observe les effets sur son corps et sur sa tête. Autour d’elle, on commence à lui dire : « Tu ne peux pas garder ça pour toi. Il faut que tu le transmettes. »
La fibre est toujours la même, mais le terrain change. Elle crée « Nourrir sa Vitalité », une entreprise de formation en alimentation santé. Elle propose des accompagnements personnalisés, des ateliers de cuisine, des dégustations à l’aveugle et des journées thématiques en entreprise. L’idée : donner à chacun les clés pour avoir la patate du matin au soir.
C’est un choix de couple autant qu’un choix professionnel. Mélanie quitte l’Éducation nationale par rupture conventionnelle. Son conjoint s’engage à assurer la stabilité financière pendant le lancement. Elle a des enfants en bas âge, quatorze ans de carrière derrière elle, et pour la première fois, elle fait confiance.
Pour une fois dans ma vie, j’ai fait confiance à quelqu’un en me disant :
« Je peux enfin me choisir »

Un an et demi après le lancement, tout bascule. Son conjoint décide de partir, de mettre fin à la relation et à la vie de famille. Mélanie se retrouve maman solo, avec des enfants en bas âge et une réalité financière brutale : elle s’était arrêtée pour élever ses enfants avant de se lancer. Ses indemnités de départ, même après 14 ans dans l’Éducation Nationale, calculées sur les deux dernières années, un mi-temps puis une mise en disponibilité, étaient donc proches de zéro.
L’entreprise fonctionnait, mais pas assez pour absorber un tel séisme. Pas le temps de s’effondrer. Mélanie refuse de lâcher son entreprise, mais il faut manger. Elle trouve un premier emploi à temps partiel, elle devient animatrice scientifique pour enfants dans une franchise à Chartres. Elle y retrouve ce qu’elle sait faire, transmettre de manière ludique.
Mais très vite, l’équation devient impossible : travailler les week-ends, courir entre deux métiers, s’éloigner de ses propres enfants pour s’occuper de ceux des autres.
« J’ouvre alors les yeux : mais qu’est-ce que tu fais ?
J’avais fait ce choix pour me rapprocher de ma vie de famille, et là, je m’en éloignais totalement. »
Alors elle fait un pari fou. La maison est vendue, il reste un petit pécule. Elle arrête tout le reste et se relance pleinement dans son entreprise.
Seule, cette fois. Avec ses propres garanties.
C’est un domaine agricole près de Chartres qui lui ouvre le chapitre suivant. Le Domaine de Lignerolles, ferme bio, école paysanne, un lieu de transmission autour de l’agriculture durable. Mélanie y entre par une rencontre aux Artisanales de Chartres.
La créatrice du domaine la repère, aime ce qu’elle fait, et lui dit :
« Il faut qu’on se voie, on a des choses à faire ensemble. »
Elle intègre le projet sous plusieurs casquettes : élève en maraîchage biologique, responsable de la communication, et porteuse d’un projet de formations en alimentation végétale. « Tout prenait forme. »
Pour la première fois, le travail en collectif donne à son parcours une ampleur qu’elle ne pouvait pas atteindre seule. Puis des dissonances, un écart entre le projet affiché et la réalité. Mélanie écoute ce que son corps et sa tête lui disent, cette fois, elle réagit plus vite.
Elle quitte le domaine et se relance dans son entreprise. Corps et âme. Sept jours sur sept. Jusqu’au matin où elle n’arrive plus à se lever.

« Je n’incarne pas le discours que je transmets. Je vends « Nourrir sa Vitalité » et je suis épuisée. »
Le non-sens est total. Elle prend une décision difficile et douloureuse, mais nécessaire : fermer l’entreprise qu’elle avait créée, et dans laquelle elle croyait encore. Mais elle s’est regardée dans le miroir et a dû admettre que ce n’est pas comme ça que ça marche. Elle a quarante ans, deux enfants, plus d’entreprise, plus de poste, et plus d’économies.
Mélanie postule partout. Une quarantaine de candidatures. Les refus tombent, les uns après les autres, avec toujours le même retour : un parcours intéressant, mais aucune spécificité. Trop de choses, pas assez de cases cochées.
Elle qui venait du monde académique, on lui renvoyait au visage qu’elle n’était pas assez académique. Alors elle s’arrête. Elle s’assoit, et elle écrit. Deux pages. Pas un CV, pas une lettre de motivation, une sorte de portrait du métier qu’elle voudrait pour elle. Sans titre, sans intitulé, juste : qu’est ce que j’aime ? Qu’est-ce que je veux ? Mettre en valeur des personnes, relier les gens entre eux, nourrir des projets et surtout l’humain au centre.
Elle garde ces deux pages avec elle pendant plusieurs mois, comme une boussole silencieuse.
« Ne croyez pas ce que je dis, expérimentez-le »
Et c’est là que le scénario se retourne. Au lieu de courir après un poste, le poste vient à elle. Le réseau qu’elle s’est construit fait le reste.
On lui dit : « Mél, on est en train de créer quelque chose. On a pensé à toi. »
Ce quelque chose, c’est La Maison du Tourisme à Chartres. Un lieu entièrement repensé, dans de nouveaux locaux face à la cathédrale. Bien plus qu’un syndicat d’initiative où l’on vient chercher un plan. C’est un espace de vie, de rencontres et de convivialité.
L’idée : que les habitants et les visiteurs y viennent comme on va chez soi, sans raison particulière, juste pour le plaisir de se poser, de découvrir, et de se relier à ce qui se passe autour. Son titre : « Responsable des expériences territoriales ».
Un intitulé qu’on n’entend pas souvent. Réfléchi et construit en concertation, parce que le mot « expérience » dit exactement ce qu’elle croit : pour habiter un territoire, il faut le vivre, pas le survoler.
Aller à la rencontre des producteurs, des artisans, des savoir-faire. Créer autour de ces rencontres des moments que les gens n’oublient pas. « Ne croyez pas ce que je dis, expérimentez-le. » Une phrase d’un ami qu’elle a faite sienne.
Ce qui la frappe depuis toujours, c’est le paradoxe suivant : il se passe des choses magnifiques sur le territoire, et presque personne ne les voit. Des producteurs, des artisans, des entrepreneurs qui proposent des merveilles presque dans l’indifférence. Et de l’autre côté, des habitants qui disent « je ne sais pas quoi faire ce week-end ».
Son rôle, c’est de relier les deux. Et il y a dans cette mission un écho discret avec tout son parcours, l’ancienne professeure d’Histoire-Géographie qui reliait le passé au présent retrouve ici, face à un monument de huit siècles, l’occasion de lier le patrimoine ancien au patrimoine vivant.
« On habite un endroit, on le traverse, mais on ne le vit pas vraiment. J’ai quarante ans, je suis chartraine, et je n’étais jamais allée à la Maison Picassiette. »
« Mes enfants m’ont vu pleurer. Je pars du principe qu’il n’y a rien à cacher. L’échec est douloureux, mais il apprend. »
Quand on lui demande ce qu’elle dirait à une jeune fille ou un jeune homme de quinze ans à qui l’on demande de choisir son orientation, Mélanie ne mâche pas ses mots. « C’est un non-sens. »
Comment demander à un adolescent de décider de sa vie quand personne ne lui a d’abord posé les questions fondamentales :
Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu aimes ?
Elle-même ne se les est posées qu’à plus de trente ans. Et c’est de là que tout est venu. Ce que l’on enseigne pas assez, selon elle, c’est que la vie ne se déroule pas comme un plan de carrière figé.
Qu’un conjoint peut partir, qu’une entreprise peut s’écrouler, qu’on peut se retrouver au RSA après quatorze ans de fonction publique. Et que ce n’est pas une fin, c’est un passage. Ce qu’elle transmet à ses enfants, c’est exactement ce que l’école n’apprend pas : l’échec fait partie du chemin, et c’est souvent lui qui nous montre où aller.
À la jeune femme qu’elle était il y a quelques années, celle qui a quitté l’Éducation nationale sans savoir ce qui l’attendait, elle ne dirait pas « fais attention ». Elle dirait : « je ne regrette rien ».
Parce que si elle avait su que son conjoint partirait, elle ne serait jamais partie. Et elle ne serait pas là aujourd’hui. Quand on lui pose la question de ce qui la porte, Mélanie Verdier ne parle pas de stratégie, de projet professionnel ou d’ambition. Elle dit simplement ça : L’amour de la vie.
Et quand on regarde son parcours, les coups encaissés, les virages pris dans l’urgence, les matins où l’on n’arrive plus à se lever et ceux où l’on décide de se relever quand même, on comprend que cette phrase n’a rien d’une formule. C’est un programme.
Celui d’une femme qui a décidé de montrer le positif, de transmettre ce qui nourrit, et de relier les gens à ce qui donne envie de vivre là où l’on est.
« Mon moteur, c’est la vie et l’amour. L’amour de la vie. »
Maison du Tourisme de Chartres
1 rue de Bethléem, esplanade de la cathédrale
28000 Chartres





