Suis-je inspirant(e) ?

Quand la responsabilité commence par soi…

Date de publication :

par | 31 mars 2026

Nous sortons d’une élection locale, la prochaine sera nationale. Et entre les deux, une question s’est invitée. 

L’abstention est-elle une démission ou une contestation ?

Texte de Frédéric Poincloux Fondateur et directeur de publication d’Émergence — Mille façons d’entreprendre

La question revient à chaque scrutin, et à chaque fois, chacun a sa réponse toute prête. Les uns y voient un acte de résistance, les autres un renoncement. On en débat, on s’en indigne, puis on passe à autre chose.

Et si la vraie question n’était pas là ?

Car voter ou ne pas voter, au fond, ne prend qu’un ou deux dimanches. Ce qui se joue le reste de l’année, dans nos choix, nos silences et nos habitudes, personne n’en parle. Comme si notre responsabilité de citoyen s’arrêtait au seuil de l’isoloir. Alors qu’une plus grande question s’impose :

Dans ce monde, cette société, quelle est ma part de responsabilité ?

Regardons autour de nous, ni les grands discours, ni les plateaux où l’on s’écharpe entre experts. Regardons de plus près, à la machine à café, au repas de famille, sur nos fils d’actualité.

« De toute façon, on n’y peut rien. »
« Ils sont tous pareils. »
« C’est le système. »

Ces phrases, nous les avons toutes prononcées, ou entendues sans forcément les contredire, ce qui revient au même. Elles ont un point commun : elles placent la responsabilité ailleurs. Toujours ailleurs. Chez les politiques, chez les médias, chez « ceux d’en haut ». Comme si le monde se faisait sans nous. Comme si nous en étions les spectateurs et jamais les acteurs.

Il y a un confort dans cette posture, pointer du doigt dispense d’agir. Et commenter dilue le fait de s’engager. Tout comme l’indignation permanente, qui donne l’illusion d’une conscience politique, alors qu’elle n’est en fait qu’une représentation théâtrale.

Nous vivons dans une époque qui n’a jamais autant parlé. De tout, sur tout, à propos de tout le monde. Les opinions circulent plus vite que les idées. Les réactions précèdent la réflexion. Et chacun, depuis son écran, son micro ou sa tribune, semble avoir un avis définitif sur la mécanique du monde.

Mais parler, est-ce agir ?

S’indigner, est-ce construire ?

Il y a ceux qui commentent. Et il y a ceux qui font. Ceux qui débattent de ce que devrait être la société, et ceux qui, chaque matin, la construisent à leur échelle. Souvent en silence, rarement sous les projecteurs, parce qu’ils ont décidé, un jour, que leur part leur appartenait.

Et si c’était là que tout commençait ?

Avant de regarder ceux qui font, arrêtons-nous un instant. Sur nous-mêmes.

Il est facile d’admirer, facile de « liker » un parcours, de partager un portrait, de s’émouvoir devant ceux qui osent. Et puis de refermer l’écran et de reprendre le cours de sa vie, exactement comme avant.

L’inspiration sans passage à l’acte, c’est du divertissement.

Alors posons-nous les questions que personne ne pose. Pas celles qu’on entend sur les plateaux ou dans les tribunes. Celles qu’on évite, justement, parce qu’elles nous concernent directement.

Quand ai-je, pour la dernière fois, agi pour quelque chose qui me dépasse ?

Pas voté. Pas signé une pétition. Pas partagé un article indigné. Mais agi de mes propres mains, donné de mon temps, et proposé ma présence.

Quand ai-je cessé d’attendre qu’un responsable politique, un patron, un leader providentiel fasse à ma place ce qui relève de ma propre initiative ?

Et cette phrase qui se répète, « on n’y peut rien », est-ce un constat ou une excuse ?

Il ne s’agit pas ici de s’auto-flageller, ni de se rajouter du poids sur des épaules déjà bien chargées. Le quotidien est suffisamment dense, où travailler, élever ses enfants, joindre les deux bouts, tenir debout est déjà très conséquent. Nul besoin de culpabiliser.

La responsabilité n’est pas la culpabilité.

La culpabilité, c’est porter un regard en arrière et dire : « C’est de ta faute. »

La responsabilité, c’est regarder droit devant et se dire : « C’est entre mes mains. »

L’une enferme. L’autre libère.

Nous ne sommes pas responsables de tout ce qui dysfonctionne, mais nous sommes responsables de ce que nous en faisons. De la manière dont nous parlons des autres devant nos enfants, du regard que nous portons sur ceux qui entreprennent, qui échouent, qui recommencent. Et de l’énergie que nous choisissons de consacrer à commenter ou à construire !

Un parent qui partage un parcours inspirant avec son adolescent c’est un acte politique.
Un entrepreneur qui embauche dans sa commune c’est un acte politique.
Un voisin qui s’engage dans une association locale c’est un acte politique. 

Sans étiquette et sans défendre un programme. Juste parce qu’il a décidé, à son échelle, de faire société.

Et faire société, cela ne commence pas seulement dans un hémicycle, cela commence par une décision personnelle : s’autoriser à compter.

Regardons maintenant autour de nous, oublions les écrans. Dans nos rues, nos villages, nos quartiers. Ils sont chefs d’entreprise, artisans, bénévoles, salariés engagés. Elles sont créatrices, dirigeantes, élues de terrain, accompagnatrices. Ils et elles ne font pas la une des journaux, ne réclament ni statut, ni médaille, ni même une reconnaissance particulière. Ils et elles font. C’est tout. Et c’est immense.

Un territoire ne se développe pas par décret. Il se développe parce que des personnes décident, un matin, que leur énergie peut servir à autre chose qu’à se plaindre. Qu’une idée vaut la peine d’être tentée. Qu’un projet local, même modeste, même fragile, est plus utile qu’un grand discours.

Les acteurs économiques, comme les chambres consulaires, les organismes de financement et d’accompagnement, leurs salons, leurs forums sont autant de rendez-vous qui existent et qui ne demandent qu’à être investis.

Pas seulement comme des guichets uniques où l’on vient chercher quelque chose, mais plutôt comme des lieux où l’on vient apporter, contribuer à quelque chose qui nous dépasse. Ses compétences, son expérience, et parfois simplement sa présence.

C’est là, dans le concret, que la responsabilité individuelle cesse d’être un concept et devient un acte. Pas de grandes déclarations d’intention, mais des gestes répétés, quotidiens, souvent invisibles, qui tissent la toile d’une société vivante.

Chaque portrait publié dans les pages du magazine en témoigne. Aucune de ces personnes n’a attendu la permission, ni attendu que les conditions soient parfaites. Elles ont commencé là où elles étaient, avec ce qu’elles avaient. Et c’est précisément ça qui les rend inspirantes.

Alors, suis-je inspirant(e) ?

La question peut sembler présomptueuse. Elle ne l’est pas. Elle est peut-être la plus humble que l’on puisse se poser.

Parce qu’elle ne demande pas « Suis-je célèbre ? », « Suis-je brillant ? » ou « Ai-je réussi ? ». Elle demande simplement : ce que je fais, ce que je suis, la manière dont j’agis dans le monde, est-ce que cela donne envie à quelqu’un, ne serait-ce qu’à une seule personne, de faire un pas ?

Un simple pas vers l’autre, vers un projet, et vers soi-même.

Pas besoin de plus de commentateurs, nous avons juste besoin de personnes qui font. Ni héros, ni modèles, des personnes ordinaires qui prennent une décision extraordinaire : celle d’assumer leur part.

Il y a mille façons d’entreprendre et il y en a tout autant d’inspirer.

Et la première consiste à se poser une dernière question, la plus simple et la plus exigeante de toutes :

Ma responsabilité individuelle, peut-elle être une source d’inspiration ?

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