Il a investi dans le sport

Bruno Bordier

Date de publication :

16 février 2026

Maison Rodo : traiteur original et généreux

En moins de deux décennies, Bruno Bordier, 63 ans, a fait d’Adwork’s, l’un des plus importants groupes de travail temporaire en France. En 2019, après en avoir été partenaire, il a pris la tête du Saran Loiret Handball -les Septors- qu’il a fait monter par deux fois au plus haut niveau national. Depuis début septembre, ce « combattant » tente cette année la passe de trois, autour d’un projet ambitieux et novateur.

« Je ne supporte pas l’échec. »

BRUNO BORDIER, VOS SEPTORS ONT ÉCHOUÉ AU pRINTEMPS À REMONTER EN PREMIÈRE DIVISION.
DANS QUEL ÉTAT D’ESPRIT SE TROUVE LE PRÉSIDENT QUE VOUS ÊTES ?

 

On repart au combat. La saison dernière a été compliquée, en dents de scie, on est passé par toutes les émotions. Pour résumer, j’ai été déçu, mais pas abattu.

QUELLES SONT ALORS LES PERSPECTIVES DU SARAN LOIRET HANDBALL ?

 

Elles n’ont pas changé : le but est de monter en Starligue. Si ça ne s’est pas fait l’an dernier, c’est qu’on n’était certainement pas prêt. Cette année, les fondations seront plus solides. Nous avons d’ailleurs plein d’idées en tête…

DANS UNE MÉTROPOLE QUI COMPTE PLUSIEURS CLUBS SPORTIFS DE HAUT NIVEAU, Y A-T-IL DE LA PLACE POUR TOUT LE MONDE ?

 

Nous, on est parti sur un modèle de développement autour de partenaires privés. Être perfusé de subventions publiques, je n’y crois pas, ce modèle n’est pas le bon. Que les collectivités aident à la formation et proposent des infrastructures de qualité, ça, oui, mais l’idée, c’est de devenir totalement indépendant de fonds publics. En jouant quelques matchs à CO’Met*, nous avons montré notre savoir-faire en matière de spectacles, avec des matchs ponctués par des showcase d’artistes d’envergure nationale. Grâce à cette formule, nous avons battu, nous aussi, le record d’affluence pour un match de deuxième division. Et comme nous sommes des créateurs de spectacle, nous allons donc créer notre propre société d’événementiel.

C’EST-À-DIRE ?

 

L’idée est de passer un cap et de se structurer, en « internalisant » : tout ce qui accompagne aujourd’hui notre société sportive nous aspirons à en être les détenteurs. Cela passe par la création de cette société d’événementiel dont je vous ai parlé, mais aussi par l’acquisition de logements pour loger nos joueurs. Le tout sera chapeauté par une holding, dont les sociétés qui y seront rattachées pourront servir aux autres équipes de la région Centre-Val de Loire. Un autre club de hand a adopté ce type de fonctionnement : Limoges.

IL Y A DEUX ANS, CLÉMENTINE BORNHAUSER ET DIDIER BURBAN AVAIENT REJOINT LE CAPITAL DU CLUB. CELUI-CI EST-IL TOUJOURS OUVERT ?

Oui ! La société sportive est une SAS à capital variable, saine sur le plan économique. Mais nous devons aller chercher d’autres sources de financement, car beaucoup trop de clubs vivent aujourd’hui de subventions publiques.

PAR RAPPORT AUX AUTRES CLUBS DE HAUT NIVEAU DE LA MÉTROPOLE D’ORLÉANS, QU’EST-CE QUE LES SEPTORS VENDENT DE DIFFÉRENT POUR ATTIRER DES PARTENAIRES ?

 

La convivialité, et le fait de prendre du plaisir. Quand on va voir un match des Septors, on y va pour s’amuser et pour rejoindre un environnement qui facilite les rencontres.

COMMENT ÊTES-VOUS TOMBÉ DANS LA MARMITE DU SPORT, ET COMMENT AVEZ-VOUS INTÉGRÉ LE MILIEU DU SPORT DE HAUT NIVEAU ?

 

J’ai joué au foot jusqu’à 45 ans, en amateur. Sur le plan professionnel, je suis rentré au Saran Loiret Handball comme sponsor et je me suis pris au jeu. Et vous savez comment ça marche : vous tendez la main, on vous prend le bras… Les résultats aidant, on s’est ensuite dit, avec Didier Burban et Emmanuel Vasseneix, que ce serait bien de créer une société sportive.

AVANT LES SEPTORS, VOUS ÉTIEZ PRÉSENT DANS D’AUTRES SPORTS.

 

Oui : moi je sponsorise tous les clubs (sourires) ! Je crois profondément dans le sport comme vecteur d’échanges. Dans toutes les villes où Adwork’s s’est implanté, nous avons fait le choix d’accompagner des clubs. Parfois le rugby, d’autres fois le basket… On essaye toujours de coller aux spécificités locales. Avec Saran, il y avait une volonté de grandir, d’aller plus loin et de revivre des moments qu’on a vécus lorsqu’on est monté en Starligue. Faire venir le PSG au Palais des Sports, ce sont des moments fabuleux. On travaille pour vivre et revivre ça.

« Quand je mets de l’argent quelque part, j’aime bien le gérer. »

PARTENAIRE, PRÉSIDENT, CE N’EST PAS LA MÊME CHOSE. QUELS RISQUES Y A-T-IL ?

 

Si on le fait en prenant le club pour sa danseuse, ça peut devenir un problème, mais si on fait ça proprement… Ici, tout a été clair dès le départ. Il fallait bâtir des fondations saines, notamment sur la partie administrative où pour dire les choses comme elles l’étaient, il n’y avait rien. Passer d’une association à une société sportive, oui, ça a bousculé, mais il n’y avait pas le choix : on passait dans le monde professionnel. Nous avons d’ailleurs compris ça assez rapidement, ce qui fait qu’aujourd’hui, nous avons pris un peu d’avance. Quant à moi, quand je mets de l’argent quelque part, j’aime bien le gérer.

PRENDRE LA PRÉSIDENCE D’UN CLUB PROFESSIONNEL A-T-IL ÉTÉ PROFITABLE À VOTRE BUSINESS ?

 

Sur le plan de la notoriété, oui. Est- ce que ça m’a ramené des clients ? Je pense que oui également parce que je bosse dans un secteur où l’on est quand même très impliqué dans le relationnel. D’ailleurs, on a créé un Club affaires au sein des Septors, qui fonctionne très bien. Après, mon objectif est de structurer le club pour qu’il puisse, à terme, fonctionner sans moi. Je ne veux pas faire du mono-sponsor, on sait où ça peut mener. Je ne serai pas indéfiniment président des Septors mais, aujourd’hui, le club n’est pas encore autonome.

EN SACHANT CE QU’IL S’EST PASSÉ, REFERIEZ-VOUS LE CHOIX, EN 2019, DE DEVENIR PRÉSIDENT D’UN CLUB PROFESSIONNEL ?

 

Je ne sais pas… Dès fois, je me demande pour qui et pourquoi je me bats. À Saran, des gens m’en veulent encore d’avoir quitté la Halle Mazzuca pour venir jouer au Palais des Sports. Après, vous savez, je suis un homme de défis, de combats, et surtout de résultats.

VOTRE ENTREPRISE OU VOTRE CLUB : OÙ AVEZ-VOUS CONNU LE SENTIMENT D’ACCOMPLISSEMENT LE PLUS FORT ?

 

Le meilleur accomplissement, pour moi, reste la famille.

LAQUELLE PÂTIT FORCÉMENT DES RESPONSABILITÉS QUI SE SUPERPOSENT ?

 

Oui, parce que forcément, vous êtes moins disponible. Mais quand on est assez proche, la famille vous donne aussi de grandes compensations pour ce que vous lui faites vivre.

PARLONS D’ADWORKS : EN QUELQUES GRANDES ÉTAPES, COMMENT VOUS AVEZ CRÉÉ ET DÉVELOPPÉ CE GROUPE ?

J’ai été salarié pendant 25 ans dans l’univers du travail temporaire. Avec ma femme, en 2011, nous avons décidé de nous lancer. On est parti de zéro et on a tout construit de A à Z. Et 15 ans plus tard, nous continuons de créer des agences, sans faire de croissance externe, je le précise. Je ne rachète pas ; moi ; j’adore créer.

QUEL EST LE BULLETIN DE SANTÉ DU GROUPE ?

Bon, même si, je ne vous l’apprends pas, la conjoncture est compliquée.

QU’EST-CE QUI VOUS A AMENÉ À VOUS LANCER DANS L’ENTREPRENEURIAT ?

L’envie d’être mon propre patron. J’avais connu tous les postes, j’avais été commercial, directeur commercial… Il fallait se lancer, en maîtrisant les risques et en trouvant des solutions. Jusqu’à présent, tout cela aura été une super expérience. Tous les ans, je fais un séminaire, ou plutôt un « week-end ludique », comme je les appelle, avec tous mes collaborateurs. J’y répète ce slogan : “faire confiance et bien s’entourer”.

QUEL SERAIT VOTRE CONSEIL À QUELQU’UN QUI CRÉERAIT SA BOÎTE, AUJOURD’HUI ?

Toujours tenir parole.

DANS LE SPORT DE HAUT NIVEAU, ÇA N’EST PAS LE CAS ?

Moi, je ne triche pas. Dans le sport – je parle de certains joueurs- il y a une infidélité chronique, parce que leur carrière est courte et qu’ils doivent vite gagner de l’argent. On est dans un sport d’équipe, mais très individualiste. Quand j’étais sportif amateur à mon niveau, on était une bande de copains : c’est ce qu’on va essayer de retrouver à partir de l’année prochaine, en misant sur de jeunes joueurs qui s’engagent. On va par exemple récupérer le fils de Daniel Narcisse. Le message est super fort.

C’EST UN RETOUR AUX SOURCES POUR LE SARAN LOIRET HANDBALL ?

Si vous voulez. On reconnaît nos erreurs et on (re)construit différemment. Moi, je ne supporte pas l’échec. Et un échec, il faut le transformer en victoire future, en se remettant en cause.

VOUS INCLUS ?

Oui, bien sûr.

VOTRE CLUB VOUS A-T-IL DÉJÀ EMPÊCHÉ DE DORMIR ?

(Catégorique) Jamais ! Je ne suis pas un anxieux. En revanche, j’aime bien les jours de match. J’ai mes petits rituels, je ne mange pas, je bois un peu (sourire)… C’est un truc qui défile à toute vitesse. L’an prochain, on va essayer de faire vivre ça à nos partenaires, qu’ils comprennent un peu mieux comment le club fonctionne de l’intérieur, ce qu’on y ressent.

SI ON SE REPARLE DANS CINQ ANS, VOUS ÊTES TOUJOURS PRÉSIDENT DES SEPTORS ?

Je ne sais pas… Mon objectif, c’est de connaître au moins une fois, comme président, un match de coupe d’Europe à Orléans.

*Le club joue la majorité de ses matchs au Palais des Sports d’Orléans.

Propos recueillis par Benjamin Vasset

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