Cyril Courtin
Il a investit dans le sport
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Au printemps 2024, Cyril Courtin, co-fondateur du groupe HR Path, spécialisé dans les ressources humaines, a racheté un club de foot : l’US Orléans. Un rêve de gosse qu’il vit passionnément, mais auquel il ne veut pas tout sacrifier.
À 51 ans, Cyril Courtin a eu une vie professionnelle bien remplie.
En 2001, il a fondé avec François Boulet le groupe HR Path, 215 M€ de chiffres d’affaires, présent dans plus de 20 pays. En juillet dernier, une levée de fonds de 500 M€ a aiguisé l’intérêt des médias spécialisés : rien à voir avec le retentissement médiatique qui sied au quotidien d’un club de foot, l’USO en l’occurrence, que cet entrepreneur à succès a racheté au printemps dernier. Si en comparaison, le budget de l’USO ne tourne qu’autour de 5 M€, Cyril Courtin a déjà touché du doigt les passions irrationnelles que déclenchait le football…
« Je ne suis pas un joueur de poker qui va faire du all-in. »
QUAND VOTRE FEU POUR LE FOOTBALL S’EST-IL
ALLUMÉ ?
Je suis fan de foot depuis tout môme, je continue d’ailleurs de supporter le PSG. Ma « carrière » sur les terrains s’est cependant arrêtée à 12 ans, car mes parents, qui étaient arboriculteurs, ne voulaient pas multiplier les allers et retours pour m’emmener aux matchs et aux entraînements.
INVESTIR DANS LE FOOT, VOUS Y PENSIEZ DEPUIS LONGTEMPS ?
Depuis toujours, je rêve de travailler dans ce milieu. Un moment, je me suis même dit qu’à ma retraite, je serais scribe ou journaliste sportif, sans rémunération ! En 2017, Philippe Boutron, le président de l’USO, cherchait des actionnaires minoritaires. Avec mon associé, nous avons racheté un peu plus de 10% des parts, avec comme règle de toujours respecter les décisions du président. À un moment, nous n’étions pas d’accord, et nous avons vendu.
MAIS AU PRINTEMPS 2024, VOUS RACHETEZ L’USO…
En octobre 2023, mon entreprise se développait bien, j’avais envie de réinvestir dans un club de foot.
Un jour, Vincent Labrune, un ami d’enfance*, me dit que Philippe Boutron souhaite vendre. Il m’en parle, puis rappelle Philippe, avec qui j’étais resté en bons termes, en lui disant : «tu devrais rappeler Cyril…» Je suis finalement arrivé dans le grand bain début avril 2024.
DANS VOTRE ENTOURAGE, VOUS A-T-ON DIT : « NON,
N’Y VA PAS » ?
Avec mon associé, nous avons lancé une levée de fond qui a permis d’apporter de l’argent dans l’entreprise et mettre en place une organisation me permettant de libérer du temps pour l’USO. Quant à ma famille, mon épouse sentait que ça me titillait et que les planètes s’alignaient. Et mon fils, lui, a pleuré de joie…

QUE RECHERCHEZ-VOUS DANS CETTE AVENTURE ?
A priori, je ne récupérerai jamais l’argent que j’ai investi (sourire). C’est vraiment une question de passion, avec l’idée de se dire qu’on n’a qu’une vie. J’avais aussi envie de sortir d’une certaine forme de routine, et de prendre des risques.
QUELLES MÉTHODES APPORTEZ-VOUS À L’USO ?
Le foot est un milieu où on perd beaucoup d’argent, surtout en National 1. Il faut essayer de mettre un process en place, sauf que cela a un coût, et qu’on n’a pas beaucoup de moyens. D’où le besoin de faire évoluer notre infrastructure ; c’est pour ça que j’aimerais voir se construire un nouveau stade ou, a minima, que le stade de La Source soit rénové. Si vous avez une infrastructure de qualité, vous pouvez développer votre activité. Mon plan, c’est donc de trouver des solutions pour que le club parvienne à un équilibre financier.
UN CLUB DE FOOTBALL EST-IL UNE ENTREPRISE COMME LES AUTRES ?
Non, parce que c’est une entreprise profondément déficiatire, ce qui engendre de la complexité et de la frustration. Tous les ans, on part avec un gouffre. Il y a aussi cette incertitude liée au résultat sportif et au fait que, même si vous payez un gros salaire à quelqu’un, ce n’est pas sûr qu’il performe et vous emmène en haut du classement.

QUAND ON CONNAÎT DE LA RÉUSSITE EN AFFAIRES,
PEUT-ON JOUER LE MILIEU DE TABLEAU ?
Oui, mais pas trop longtemps. Alors pour ça, il faudrait mettre plus d’argent, car cela permettrait de réduire les délais. Sauf que je ne suis pas un joueur de poker qui va faire all-in.
FINALEMENT, N’EST-CE PAS CETTE INCERTITUDE, QUE VOUS VENEZ CHERCHER ?
Clairement, même si c’est assez déstabilisant et hyper-stressant. Pour vous dire, je pense à l’USO plusieurs centaines de fois par jour, et j’ai horreur de regarder les matchs de l’équipe à la télé…
ENTRE VOTRE GROUPE ET VOTRE CLUB, Y A-T-IL DEUX CYRIL COURTIN ?
J’ai passé l’âge de changer. La différence, c’est que les prises de décisions sont plus rapides à l’USO que dans mon entreprise. En termes de management, je ne suis pas présent tout le temps, je délègue beaucoup au personnel et au directeur général, Reynald Berghe, qui fait du super boulot. Quant à l’entraîneur, je lui ai clairement dit que je n’allais pas l’emmerder dans ses prérogatives.
“Je ne retournerai pas une deuxième fois sur l’échafaud.”
COMMENT AVEZ-VOUS VÉCU LA MÉDIATISATION NOUVELLE, QUE VOUS AVEZ PRISE DE PLEINE FACE AU PRINTEMPS DERNIER** ?
Très mal, je l’ai vécue comme une totale injustice entre ce qui était dit et la réalité de la situation. En 48 heures, cette histoire est quand même remontée jusqu’à la Ministre des Sports ! C’est Jean-Michel Aulas, vice-président de la Fédé, qui est venu à la rescousse : je lui ai expliqué ce qu’il se passait, il en a parlé à la ministre, qui a fait redescendre nos demandes auprès des pouvoirs publics. Les filles ont donc pu continuer, c’est très bien, mais je m’inquiète pour juin prochain, car ce n’est plus 230 000€ qu’il nous faudra mais 400 000€ au minimum avec la professionnalisation du football féminin. Je préviens, car je ne retournerai pas deux fois sur l’échafaud. Des arbitrages seront nécessaires pour éviter une sanction de la DNCG.
Par Benjamin Vasset
*Orléanais comme Cyril Courtin, Vincent Labrune est l’actuel président de la Ligue Professionnelle de
Football.
**En mai 2024, face aux difficultés budgétaires du club, Cyril Courtin prend la décision de rétrograder l’équipe féminine de l’USO en division inférieure. Dans un contexte de lutte pour améliorer les droits des femmes, « l’affaire », qui en est devenu une, fait réagir nombre de responsables politiques. En juin, un tour de table impliquant l’État, le Département, la Région et la mairie d’Orléans permet finalement à la section féminine de se maintenir en D2 pour la saison 2024-25.





