Sélectionner une page

XAVIER VIALA
Il a investi dans le sport

Date de publication :

14 septembre 2025

Émergence entreprise : média engagé au service des acteurs et actrices du territoire

Fondateur de Collecteam, une société de courtage en assurances aux 70 M€ de chiffre d’affaires, Xavier Viala a repris en 2023 le club orléanais de l’Eco-Volley, portée par une équipe féminine évoluant en deuxième division nationale. Présentations.

XAVIER VIALA, QUELLE EST L’HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ COLLECTEAM, QUE VOUS DIRIGEZ DEPUIS 25 ANS ?

Elle est atypique. À la sortie de mes études, j’ai travaillé à Bourges dans un cabinet de courtage qui a été vendu au groupe Dexia, une banque qui prêtait alors aux collectivités. Je pensais alors m’en aller, mais on m’a retenu. En 2000, à 35 ans, j’ai alors créé à Orléans avec quatre collaborateurs et un actionnaire, une société de courtage spécialisée dans l’assurance complémentaire des entreprises et des collectivités. Au bout de huit ans, nous avions alors plus de 100 collaborateurs.

ARRIVE 2008 ET LA CRISE DES SUBPRIMES…

En un week-end, Dexia, qui était liée à Lehman Brothers, a perdu 50% de sa valeur à la Bourse de Paris. Le groupe a été sauvé par la recapitalisation des États, mais pour nous, les emmerdes ont commencé. Jusqu’alors, Dexia, qui n’y comprenait rien à l’assurance, nous foutait une paix royale. Mais d’un coup, tout est devenu contrôlé et moi, je ne voulais plus rester dans un univers où je n’étais pas maître de mon destin. J’ai alors décidé de vendre cette société, qui s’appelait alors Dexia Ingénierie Sociale, à un autre actionnaire.

MAIS CETTE SOCIÉTÉ NE VOUS APPARTENAIT PAS !

Non. Pourtant il y avait un acheteur, le groupe Verspieren. Mais Dexia ne voulait pas vendre. J’ai alors décidé de démissionner et de créer Collecteam en emmenant avec moi 20 personnes. Je vous laisse imaginer le contexte : toutes les semaines à 8h, un huissier, accompagné de deux molosses, venait pour vérifier nos ordinateurs. C’était très particulier.

Mais est venue en 2011 la deuxième crise financière. Dexia une nouvelle fois exsangue, tout a été vendu « par appartement ». En septembre 2011, on m’a appelé pour me dire, en gros : « voulez-vous racheter la société que vous avez quittée en mars ? » J’ai dit oui, et en décembre, je revenais dans ce bureau que j’avais quitté en mars, en fusionnant les deux entités. Si je résume, j’ai donc créé deux fois Collecteam.

ET AUJOURD’HUI, OÙ EN EST COLLECTEAM ?

Nous employons 450 collaborateurs et faisons 70 M€ de chiffre d’affaires. En assurance de personnes, qui est un métier particulier, nous sommes parmi les dix premiers acteurs de courtage en France. Le marché des collectivités locales est né il y a dix ans environ, et nous avons réussi à bien nous positionner. Nous assurons aujourd’hui les Villes de Paris, Rennes, Nantes…

ET PAS ORLÉANS ?

Pour répondre à votre question, à Orléans, personne ne savait qui on était. Comment se faire connaître ? C’est là qu’est arrivée l’opportunité de l’Eco-Volley. En 2023, ce club était en train de mourir, avec plus de 400 000 € de dettes pour un budget de 800 000 €. Les joueuses n’étaient plus payées, les loyers et les factures non plus… Bref, c’était la déconfiture complète.

ET DONC LÀ VOUS VOUS DITES : « QUELLE BELLE AFFAIRE » !

En décembre 2022, la mairie et la Fédé de Volley viennent me voir, parce que la situation du club était vraiment critique pour tout le monde. Là, on me dit qu’il y a 50 000 € de dettes, puis ça passe à 150 000 € en février… Au final, quand je reprends, au printemps 2023, c’est 336 000 €. Mais la réalité, c’est qu’on dépassait les 400 000 €.

ON VOUS A PRIS POUR UN PERDREAU DE L’ANNÉE ?

Non, parce que je n’étais pas complètement idiot non plus. Pour combler ce trou, la Ville dit alors qu’elle accordera une subvention exceptionnelle de 130 000 €, qu’il y aura un prêt de la Caisse d’Épargne, mais que des entrepreneurs « bienveillants » doivent prendre à leur charge un tiers du montant.

Sauf qu’aucune de ces parties ne voulait faire le premier pas. La situation a duré comme ça un mois. Avec David Ventura, l’un de mes collaborateurs chez Collecteam, qui a été directeur général de l’USO Foot, on a fini par se réunir. On a pesé le pour, le contre, et là, j’ai quasiment jeté en l’air une pièce de monnaie en me disant : pile on y va, face on n’y va pas. Et c’est tombé du « mauvais » côté…

De là, tout s’est emboîté. Mais comme je mettais de l’argent, je souhaitais aussi prendre la présidence du club.

MAIS POURQUOI CE SPORT ET POURQUOI CE CLUB ?

D’abord parce que je connaissais le club : mes deux filles y avaient joué 15 ans, mon ex-épouse y avait entraîné… Ensuite, je considère qu’il y a des sports qui vivent trop bien et d’autres pas assez.

Pour se démarquer, le volley, et a fortiori le volley féminin, était plus de nature à m’intéresser. Après, le ticket d’entrée n’était pas le même non plus que dans d’autres sports plus médiatisés.

ÉTAIT-ON DÉJÀ VENU VOUS VOIR POUR INVESTIR DANS D’AUTRES SPORTS AVANT CE PROJET ?

Oui. Mais le foot c’était hors de question : je n’aime pas ce sport. Je ne voulais pas non plus aller au rugby, parce que pour moi, le rugby, c’est le sud-ouest. Par contre, le volley, mes filles en avaient fait, j’y étais plus sensible.

Et comme je vous l’ai dit, si ça avait été une équipe de mecs, je n’y serais certainement pas allé. Enfin, Collecteam avait besoin d’une notoriété régionale et locale. La Ville est arrivée, les planètes étaient alignées… Quelque part, l’ardoise était secondaire.

COMMENT SE SONT PASSÉS VOS DÉBUTS DE PRÉSIDENT?

J’ai découvert un univers nouveau, où l’on baigne dans une atmosphère de bénévoles et de passionnés, mais dans lequel le niveau d’amateurisme était incroyable. Or, je pense que lorsqu’ il y a un peu d’argent, il faut que les choses soient normées. Lors de ma première visio avec la DNACG, l’organisme de contrôle de gestion des clubs, je me rends compte qu’ils avaient été baladés par l’ancienne équipe dirigeante. Je commence alors à me faire engueuler, on me demande si je vais tenir mes engagements, etc. La première mission a donc été de regagner la confiance des gens qui tournaient autour du club, les instances, les joueuses, les fournisseurs, etc…

LE CLUB A-T-IL RETROUVÉ UNE CRÉDIBILITÉ DEPUIS ?

Oui, à 90%. Toutes les dettes ne sont pas effacées, des factures d’électricité de 20 000 € arrivent encore… Sur notre budget de 820 000 €, 100 000 € sont consacrés aux dettes.

Mais on arrive au bout. À la fin de la saison, le budget sera même peut-être un peu excédentaire.

L’ÉQUIPE PREMIÈRE DE L’ECO-VOLLEY JOUE EN 2È DIVISION NATIONALE. MAIS L’OBJECTIF FINAL, C’EST QUOI ? ÊTRE CHAMPION DE FRANCE DANS 5-6 ANS ? OU FAUT-IL ÊTRE PLUS MODESTE ?

Non, on n’est pas modeste. Champion de France ? Pourquoi pas.

Par contre, on est compétiteur, mais on n’est pas non plus stupide. Je ne ferai pas les choses si je n’ai pas le budget : or, pour aller en première division, il me faut 500 000 € supplémentaires.

ET COMMENT ALLER LES CHERCHER ?

Un peu à travers les collectivités, mais surtout grâce au privé. Je ne suis pas hyper-inquiet pour ça mais, encore une fois, je serai prudent : si je n’ai pas les sous, je n’irai pas.

Le plus difficile aujourd’hui, ça reste d’organiser le club. Tout ça n’est pas encore gagné, parce que le temps est compté, et parce que j’ai aussi un métier. D’ailleurs, on m’avait dit avant la reprise de l’Eco-Volley : « ne t’inquiète pas, ça va te prendre une heure par semaine »…

En fait, ça me prend un temps fou, à peu près un jour par semaine en moyenne.

QUE DÉCOUVREZ-VOUS DE « BON » DANS CETTE AVENTURE ?

Quelque chose qui m’aère l’esprit, parce que le milieu de la finance dans lequel je navigue n’est pas toujours très drôle. Deuxième point : j’ai envie de gagner.

Tout l’intérêt est d’ailleurs de gagner sinon, on s’emmerde. Mais il faut y aller crescendo, parce que vous ne pouvez pas gérer un club comme une entreprise. Dans ma boîte, je paye les gens, je dis un truc et c’est fait. Dans un club, quand vous dites un truc, parfois c’est fait, parfois pas, parfois à moitié, parfois dans un mois. Mais c’est normal : vous ne pouvez pas mettre les gens au garde-à-vous, ce n’est pas l’état d’esprit qu’il faut impulser.

EN RÉSUMÉ, QU’ÊTES-VOUS VENU CHERCHER ? DE L’INFLUENCE, DU BUSINESS, DE L’ADRÉNALINE ?

De l’adrénaline, oui, tout en essayant de raison garder, et en se rappelant toujours que dans le sport, rien n’est dramatique. Alors que dans mon entreprise, si je perds 20% de mon chiffre d’affaires, je dois licencier 20% de mes effectifs.

Du business ? À l’instant T, non. Sur le très long terme, peut-être, mais ce n’est pas écrit. Après, si une seule boîte relativement importante du Loiret devient client, j’aurais amorti mon investissement.

VOUS AVEZ MIS DE L’ARGENT PERSONNEL DANS LE CLUB ?

Non, seulement de l’argent de la société. Et qui est défiscalisée, car l’Eco-Volley est une association.

COMMENT VOS COLLABORATEURS ONT-ILS PERÇU CETTE PARTICIPATION ?

De manière générale, à Collecteam, on me fait confiance. Ensuite, on reste sur des sommes acceptables. C’est un investissement pour gagner en notoriété. Est-ce que cela se transformera en business ? On verra. Mais déjà, de plus en plus de collaborateurs de Collecteam viennent aux matchs. L’objectif est de les attirer parmi les 500 spectateurs du week-end.

COMMENT FAIRE POUR NE PAS SE LAISSER ENTRAÎNER DANS « L’IRRATIONNALITÉ » D’UN INVESTISSEMENT DANS LE SPORT ?

Tout passe par l’encadrement budgétaire. Parce que si vous gérez mal votre club, ça peut aussi retomber sur l’image de votre boîte. Mais ce que vous dites est amusant : avec mes collaborateurs, on a sué sang et eau pour créer et développer Collecteam, sauf qu’à Orléans, personne ne nous connaissait.

Aujourd’hui, je suis président d’un club de volley, et me voilà déjà passé quatre fois dans le journal.

Entre l’entreprise et le sport, ce ne sont pas les mêmes enjeux, pas les mêmes investissements, mais voilà : le sport, ça fait beau. Et les gens ont envie d’être beaux.
Par Benjamin Vasset

Contact

Logo Absolem

Les Comètes

73, boulevard Marie Stuart
45 000 Orléans

Politique de confidentialité*

Accès complet aux magazines :

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription est confirmée. Votre accès vous a été envoyé. Merci.

Recevez vos accès pour :

- La version numérique du magazine

- Nos actualités avec notre Gazette mensuelle.

Nous vous souhaitons la bienvenue dans l'univers d'Émergence. 

Pin It on Pinterest

Share This