Beaudelaire de rien
Jean-Noël Rieffel
Date de publication :

Directeur régional de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), Jean-Noël Rieffel a publié au printemps Aimer comme un albatros, un livre qui explore nos capacités à guérir du chagrin grâce à la nature. Un pas de côté en solo pour cet Homme qui a sous sa responsabilité, toute l’année, plus d’une centaine de “gendarmes de l’environnement”.
Lorsque nous l’avons interrogé, cet été, Jean-Noël Rieffel était en pleine séquence promotion. Déjà passé dans la matinale de France Inter, il allait bientôt présenter son nouveau livre, Aimer comme un albatros, sur le plateau du magazine C l’hebdo. Un ouvrage qu’Isabelle Spaak, critique du Figaro Littéraire et Jérôme Garcin, journaliste au Nouvel observateur, avaient déjà beaucoup apprécié dans les colonnes de leurs magazines. Pas rien pour un auteur qui, habituellement, écrit des proses sur un ton un peu plus administratif. Car depuis 2020, Jean-Noël Rieffel est le directeur de l’Office français de la Biodiversité en Centre-Val de Loire. Un établissement public qui a récemment fait parler de lui pour avoir débusqué, dans la propriété solognote d’Olivier Bouygues, de « nombreux cadavres d’oiseaux protégés » (France 3 Centre-Val de Loire).
« La nature nous percute et nous soigne »
Précieux pour le travail de fourmi qu’ils fournissent, les agents de l’OFB, qualifiés de façon un peu restrictives de « gendarmes de l’environnement », n’ont pas toujours bonne presse. L’OFB joue ainsi souvent le rôle du bouc émissaire du monde agricole, qui le rend pour partie responsable de son mal-être. Pourtant, loin de l’image de cow-boy que des caricaturistes en responsabilité politique leur donnent parfois, ces agents jouent un rôle essentiel de « veilleurs du vivant ». Ce n’est pas l’établissement qui invente les normes ; il est en revanche « chargée de les faire appliquer », explique Jean-Noël Rieffel.

drôle d’oiseau
La mission première de l’OFB est de préserver la biodiversité, c’est-à-dire la qualité de l’eau que l’on boit, la pollinisation, la fertilité des sols ou le stockage du carbone, soit autant d’éléments qui protègent les Hommes et sont garants de la santé alimentaire. Même les agriculteurs ont besoin de ce bien commun qu’est la biodiversité pour avoir des écosystèmes riches et capables de faire face au changement climatique. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues, le rôle de l’OFB n’est pas de contrôler les agriculteurs, mais de remonter à l’origine d’une atteinte environnementale, tel que le non-respect d’un arrêté sécheresse, un arrachage de haies ou une mortalité piscicole. Les agents peuvent donc intervenir aussi bien dans des entreprises ou des exploitations agricoles que chez des particuliers. « À l’OFB, nous sommes en première ligne pour observer l’impact de l’Homme sur l’environnement, résume Jean-Noël Rieffel. Nous avons un rôle à jouer dans la promotion du savoir naturaliste et dans la préservation de santés animale, humaine et environnementale. On appelle ça One Health, car tout ceci est intimement lié. » Le rôle de l’OFB est ainsi déterminant au regard des chiffres officiels, la planète ayant perdu 800 millions d’oiseaux en 40 ans, la France 30 % en 15 ans.
En 2020, Jean-Noël Rieffel, lui-même passionné d’ornithologie depuis l’enfance, avait d’ailleurs rédigé un premier livre, Éloge des oiseaux de passage. Au sein des équipes de l’OFB, personne n’en savait rien. Mais les retours en interne avaient été positifs : ce livre, écrit comme un journal, avait servi la cause de la biodiversité et en même temps rendu hommage aux agents de l’OFB, considérés par leur directeur comme des personnes possédant avant toute chose une flamme naturaliste, sans militantisme ni dogmatisme. Grâce à cet ouvrage fédérateur, Jean-Noël Rieffel avait pu lier son métier, sa passion ancienne pour les oiseaux et celle, plus récente, pour l’écriture. Éloge des oiseaux de passage avait été écrit au lendemain du confinement. En mars 2020, le pays s’était arrêté. Le bruit des moteurs avait cessé et les humains avaient redécouvert leur rapport à la nature. Une situation qui avait permis à Jean-Noël Rieffel de réfléchir à un témoignage sur l’ornithologie, poussé par sa passion et l’idée de creuser avec les mots l’émotion naturaliste, qu’il résume ainsi : « En quoi l’observation de la nature, et notamment des oiseaux, met nos sens à vif ? En quoi cela nous percute, nous répare, nous soigne des blessures morales ? »
vers la lumière
Cette réflexion s’est prolongée dans un deuxième livre sorti au printemps, Aimer comme un albatros. Le titre fait inévitablement penser au célèbre poème de Baudelaire ; le livre, écrit à la première personne, est sorti chez Équateurs, l’éditeur de Sylvain Tesson. Il raconte le récit intime de l’épreuve du divorce traversée par Jean-Noël Rieffel. Comment la nature lui a-t-elle permis de panser sa blessure morale puis de renaître ? Comment les oiseaux l’ont-ils remis au monde suite à cette séparation qui s’assimile à un deuil ? « L’écriture est une ligne de vie dont j’ai besoin, et ce deuxième livre a été comme un jaillissement thérapeutique, pudique et non doloriste, pour retrouver un chemin de lumière et de reconstruction », résume Jean-Noël Rieffel. Un travail à quatre mains avec son éditeur, qui porte déjà ses fruits dans les médias et devrait rassembler encore, autour du thème et du style, des lecteurs et lectrices qui se reconnaîtront.
Par Laurence Boléat
Doigts de véto
Diplômé de l’école vétérinaire de Maisons- Alfort depuis 2005, Jean-Noël Rieffel a travaillé riches et capables de faire face au changement climatique. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues, le rôle de l’OFB n’est pas de contrôler les agriculteurs, mais de remonter à l’origine d’une atteinte environnementale, tel que le non-respect d’un arrêté sécheresse, un arrachage de haies ou une mortalité piscicole. Les agents peuvent donc intervenir aussi bien dans des entreprises ou des exploitations agricoles que chez des particuliers. « À l’OFB, nous sommes en première ligne pour observer l’impact de l’Homme sur l’environnement, résume Jean-Noël Rieffel. Nous avons un rôle à jouer dans la promotion du savoir naturaliste et dans la préservation de santés animale, humaine etenvironnementale. On appelle ça One Health, car tout ceci est intimement lié. » Le rôle de l’OFB est ainsi déterminant au regard des chiffres officiels, la planète ayant perdu 800 millions d’oiseaux en 40 ans, la France 30 % en 15 ans.





